Prix Louis D

Appel à communications « La place du grand frère. Les échanges culturels entre l’Union Soviétique et les démocraties populaires à l’époque communiste »

Appel à communications

 

La place du grand frère. Les échanges culturels entre l’Union Soviétique et les démocraties populaires à l’époque communiste 

 

Colloque international, Bucarest, CEREFREA Villa Noël, 16 septembre 2016

 

La place de l’URSS dans les démocraties populaires d’Europe Centrale et Orientale est, dans les travaux actuels, à la fois surestimée et sous-estimée. Surestimée, parce que beaucoup d’études considèrent comme acquise la force d’imposition du « modèle soviétique » dans les pays qui sont entrés dans la sphère d’influence communiste après la Seconde Guerre mondiale, alors que la définition même de ce modèle n’a rien d’évident, que de nombreuses failles dans sa transplantation apparaissent et qu’il y eut des différences notables dans l’appropriation de ce modèle, selon les époques et selon les espaces considérés. Sous-estimée, parce que sont rarement envisagées toutes les formes d’échanges qui ont eu lieu pendant les quatre décennies de la période socialiste avec l’URSS, l’une des principales destinations pour les différents acteurs du monde socialiste. Cette situation historiographique de sur- et sous-estimation s’explique en grande partie par les sources qui ont été jusqu’alors mobilisées : d’une part le discours de célébration de la collaboration avec le « grand frère » soviétique et, d’autre part, les récits faits après 1989, qui négligent le plus souvent les liens avec l’URSS (et privilégient ceux avec l’Ouest). La réflexion historiographique a également été parasitée par la focalisation mémorielle sur les grandes crises géopolitiques conduisant à l’intervention militaire soviétique (1953 à Berlin-Est, 1956 à Budapest, 1968 à Prague) et par l’évolution des rapports de chacun des pays avec la puissance russe depuis la chute du Mur. 

Avec ce colloque, nous proposons de reprendre ce problème en invitant à discuter des chercheurs travaillant sur l’URSS et sur les démocraties populaires, pour réfléchir aux sources et aux notions utilisées pour rendre compte de ces échanges. Nous nous concentrerons sur le domaine des échanges culturels, dans le domaine du théâtre, de la littérature, de la musique, des arts visuels, de l’architecture ou de la cinématographie. Derrière les différentes réceptions du modèle soviétique, c’est toute l’histoire de la présence soviétique et de ses variantes dans les différents pays qui est rejouée. Confronter les différentes histoires nationales permet d’avoir une compréhension globale et comparative de la manière dont chaque pays a façonné sa propre expérience culturelle du communisme. En quoi le domaine culturel peut-il nous aider à repenser la question de la présence soviétique à l’Est ? Ce colloque international se propose ainsi de mettre en perspective les évolutions des rapports des différentes démocraties populaires avec l’URSS par le biais de la culture. Nous espérons également progresser dans la compréhension d’un autre problème sur lequel nous savons aujourd’hui trop peu : les Soviétiques s’intéressèrent-ils à ce qui se passait dans les démocraties populaires ? Faut-il envisager des transferts culturels depuis les démocraties populaires jusqu’en URSS ? 

Plusieurs pistes de réflexion sont proposées aux participants :

1. Les institutions et les politiques culturelles. Les contributions sur cette thématique pourraient interroger le rôle des associations culturelles, celui des « unions de création » et professionnelles ou celui des institutions d’administration de la culture, dans des activités qui concernent la définition des politiques culturelles, l’établissement des accords culturels, la réalisation de visites de protocole ou de documentation, le transfert d’experts, l’imposition ou la recodification des modèles de création artistique ou littéraire.

2. Les acteurs individuels et les réseaux transnationaux. Les réflexions sur cette problématique devraient contribuer à mettre en lumière des trajectoires des intellectuels, des artistes, des experts dans divers domaines culturels ou des représentants des structures administratives et politiques qui ont joué le rôle d’initiateurs, de médiateurs, de bénéficiaires ou d’exclus des échanges et des circulations à l’Est. Les propositions pourraient porter entre autres sur les biographies des personnes impliquées dans des activités de commerce culturel, sur les parcours artistiques et intellectuels de ceux qui se sont formés en URSS, sur les réseaux transnationaux d’échanges culturels, etc. 

3. La diffusion, la réception, la circulation, la réappropriation des discours, des savoirs, des pratiques, des biens. Les contributions sur cet axe de réflexion pourraient sonder la perception du public, des agents culturels ou des autorités politiques et administratives à propos de la culture soviétique, respectivement des Soviétiques à propos des autres pays-frères. Comment ce que les Soviétiques envoient dans les démocraties populaires est-il à chaque fois accueilli ? Sur quoi portent plus précisément les collaborations entre différents pays et l’URSS ? Quels sont les circuits officiels ou clandestins des personnes et des œuvres ? Quels sont les bénéfices ou les contraintes des échanges avec l’URSS ? Quelles formes artistiques peuvent prendre la célébration ou la contestation du pouvoir politique et culturel du « grand frère soviétique » ? 

4. La géographie des échanges culturels. Quel a été le rôle des Républiques Soviétiques limitrophes des démocraties populaires (République d’Ukraine, de Biélorussie, de Moldavie) dans les échanges avec le centre et les autres pays du bloc soviétique ? La proximité spatiale favorise-t-elle les circulations ? Plus globalement, quelles villes (à part Moscou et Leningrad) et régions de l’URSS et quelles villes et régions de l’Europe de l’Est étaient concernées par ces échanges ? Quelle carte des circulations pouvons-nous dessiner pour cette période ?

Les propositions de communication (titre et résumé de 500 mots maximum), accompagnées d’une brève notice biographie (10 lignes maximum), sont à envoyer avant le 7 juin 2016 aux adresses : popescualinaa@yahoo.fr et luciadragomir@gmail.com. Leur acceptation sera notifiée au plus tard le 15 juin 2016.

La langue de travail sera principalement le français mais on acceptera également des communications en anglais. Une publication des actes est envisagée. 

Dans la limite du budget disponible, une aide financière pour les frais de voyage et d’hébergement sera possible. Lors de l’envoi des propositions, les participants sont priés d’indiquer s’ils souhaitent bénéficier de cette aide.

Comité d’organisation : 

Jérôme Bazin (Université Paris-Est Créteil Val-de-Marne)

Lucia Dragomir (Université de Bucarest)

Dragoș Jipa (EDSS – CEREFREA Villa Noël, Université de Bucarest)

Alina Popescu (ISP - Université Paris Ouest Nanterre la Défense/Université de Bucarest)

Caterina Preda (Université de Bucarest)

Institutions partenaires :

Centre Régional Francophone de Recherches Avancées en Sciences Sociales (CEREFREA Villa Noël) – Université de Bucarest

Centre de recherche en histoire européenne comparée (CRHEC) – Université Paris-Est Créteil Val-de-Marne   

Agence universitaire de la Francophonie - Bureau Europe centrale et orientale (AUF BECO)

École doctorale francophone en sciences sociales (EDSS – CEREFREA Villa Noël) – Université de Bucarest

Institut des Sciences sociales du Politique (ISP) – Université Paris Ouest Nanterre La Défense 

Comité scientifique : 

Jérôme Bazin – Maître de Conférences, CRHEC - Université Paris Est Créteil Val-de-Marne 

Lucia Dragomir – Maître de Conférences, Faculté de Langues et Littératures Etrangères de l’Université de Bucarest

Liliana Deyanova – Professeure, Faculté de Sociologie, Université de Sofia « Saint Clément d’Ohrid »

Alina Popescu – Chercheuse, ISP - Université Paris Ouest Nanterre la Défense/Université de Bucarest

Caterina Preda – Maître de Conférences, Faculté de Sciences Politiques de l’Université de Bucarest

Jean-Charles Szurek – Directeur de Recherche émérite au CNRS 

Date : 16 septembre 2016

Lieu : CEREFREA Villa Noël, 6, Rue Emile Zola, Bucarest, Roumanie 

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